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Regards complémentaires

La dette cognitive de l’IA dans le code

Adaptation française d’un article publié sur LinkedIn en avril 2026.

Peter Naur écrivait en 1985, dans son essai sur la programmation comme construction d’une théorie, qu’un programme n’est pas son code source. C’est un construit mental partagé qui vit dans l’esprit de ceux qui l’ont bâti. Perdez les personnes, et vous perdez la connaissance nécessaire pour maintenir le programme, parce que le code seul ne suffit pas à recréer le construit mental qui le sous-tend.

Pendant des décennies, les équipes logicielles ont surtout accumulé de la dette technique. La dette cognitive, elle, restait faible, parce que construire un logiciel exigeait de le comprendre : la représentation mentale était un sous-produit naturel du travail.

L’IA rompt ce lien. On peut désormais générer de grands volumes de code sans construire le modèle mental qui les sous-tend. Cela crée, de mon point de vue, un risque nouveau et largement sous-estimé. Nous accumulons de la dette technique dans le code et de la dette cognitive en nous-mêmes. Et la dette cognitive est bien plus insidieuse. Elle se cache à la vue de tous. On ne la découvre qu’au moment où l’on tente de raisonner sur un système qu’on ne comprend pas vraiment.

Si la dette technique ralentit, la dette cognitive aveugle. Et quand plus personne ne détient le construit mental derrière le code, le programme devient une boîte noire.

Le vrai défi qui vient n’est pas seulement d’écrire un meilleur code avec l’IA. C’est de préserver la compréhension partagée qui maintient un logiciel vivant et sous contrôle.

Référence dans le livre

Le chapitre 13, dans sa section sur ce que l’intelligence artificielle ne change pas, rappelle qu’une organisation qui cesse de maintenir vivante sa connaissance laisse ses systèmes intelligents devenir des boîtes noires incontrôlables. Préserver et pérenniser cette connaissance est l’une des quatre dimensions de la thèse du livre. Page à préciser à la parution.

L’auteur s’exprime à titre personnel. © 2026 Mehdi Moudden.